Définition
La cirrhose hépatique (Cirrhosis hepatis) est une maladie chronique et irréversible du foie caractérisée par la destruction progressive des cellules hépatiques (hépatocytes) et leur remplacement par du tissu fibreux cicatriciel. Ce processus, appelé fibrose, désorganise l'architecture normale du foie et entraîne la formation de nodules de régénération.
Concrètement, le foie — organe vital assurant plus de 500 fonctions (filtration du sang, production de bile, synthèse de protéines, stockage d'énergie) — perd progressivement sa capacité à fonctionner. Le sang circule de plus en plus difficilement à travers l'organe, ce qui provoque une hypertension portale (augmentation de la pression dans la veine porte) à l'origine de nombreuses complications.
En France, la cirrhose touche environ 200 000 personnes et représente une cause majeure de mortalité évitable, selon la Haute Autorité de santé (HAS). La maladie évolue en deux phases : une phase compensée (le foie assure encore ses fonctions malgré les lésions) et une phase décompensée (apparition de complications graves).
Symptômes
La cirrhose est longtemps silencieuse. Pendant des années, aucun symptôme spécifique ne se manifeste, ce qui explique un diagnostic souvent tardif. Les signes apparaissent généralement au stade de décompensation.
Signes précoces (phase compensée)
- Fatigue persistante (asthénie), souvent le premier symptôme ressenti
- Perte d'appétit et amaigrissement progressif
- Sensation de lourdeur ou gêne sous les côtes droites
- Troubles digestifs : nausées, ballonnements
Signes de décompensation (phase avancée)
- Ictère (jaunisse) : coloration jaune de la peau et du blanc des yeux, due à l'accumulation de bilirubine
- Ascite : accumulation de liquide dans l'abdomen, provoquant un gonflement parfois important
- Œdèmes des membres inférieurs (chevilles, jambes)
- Hémorragies digestives : vomissements de sang ou selles noires (méléna), liés à la rupture de varices œsophagiennes
- Encéphalopathie hépatique : confusion, troubles de la concentration, somnolence excessive, voire coma dans les cas sévères
- Angiomes stellaires (petites étoiles vasculaires sur la peau), érythrose palmaire (paumes rouges)
Causes et facteurs de risque
Toute agression chronique du foie peut, à terme, conduire à la cirrhose. Les principales causes sont :
Causes principales
- Consommation excessive d'alcool : responsable de 60 à 80 % des cirrhoses en France. Le seuil de risque est estimé à plus de 2 verres par jour chez la femme et 3 chez l'homme, sur une durée prolongée.
- Hépatites virales chroniques B et C : l'inflammation virale persistante détruit progressivement le tissu hépatique. L'hépatite C est aujourd'hui guérissable grâce aux antiviraux d'action directe.
- Stéatohépatite non alcoolique (NASH) : liée à l'obésité, au diabète de type 2 et au syndrome métabolique. Sa fréquence augmente fortement, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Causes plus rares
- Maladies auto-immunes du foie (hépatite auto-immune, cholangite biliaire primitive)
- Maladies génétiques : hémochromatose (surcharge en fer), maladie de Wilson (surcharge en cuivre)
- Obstruction biliaire chronique
- Certains médicaments hépatotoxiques pris au long cours
Facteurs de risque aggravants
Le tabagisme, le surpoids et la co-infection par plusieurs virus hépatiques accélèrent la progression de la fibrose.
Diagnostic
Le diagnostic repose sur un faisceau d'arguments cliniques, biologiques et d'imagerie. Le spécialiste référent est l'hépato-gastro-entérologue.
Examens biologiques
Le bilan hépatique sanguin recherche des anomalies des transaminases, de la bilirubine, de l'albumine et du taux de prothrombine (TP). Un score de FibroTest peut être réalisé à partir d'une simple prise de sang pour estimer le degré de fibrose.
Examens d'imagerie
- FibroScan (élastométrie hépatique) : examen indolore et rapide qui mesure la dureté du foie par ultrasons. C'est aujourd'hui l'examen de référence non invasif recommandé par la HAS.
- Échographie abdominale : visualise la taille du foie, la présence d'ascite, de nodules ou de signes d'hypertension portale.
Biopsie hépatique
Réservée aux cas douteux, elle reste l'examen de certitude. Un fragment de foie est prélevé sous guidage échographique pour analyse au microscope.
Dépistage du carcinome hépatocellulaire
Tout patient cirrhotique bénéficie d'une échographie de surveillance tous les 6 mois, car le risque de cancer du foie est significativement augmenté.
Traitement
Il n'existe pas de traitement curatif de la cirrhose constituée, mais la prise en charge vise à stopper la progression, traiter la cause et gérer les complications.
Traitement de la cause
- Sevrage alcoolique : accompagnement addictologique, soutien psychologique, éventuellement médicaments d'aide au sevrage. Le sevrage peut stabiliser, voire améliorer partiellement la fonction hépatique.
- Traitement antiviral : les hépatites B et C disposent de traitements efficaces, remboursés par l'Assurance Maladie.
- Prise en charge du syndrome métabolique : perte de poids, activité physique, contrôle du diabète en cas de NASH.
Traitement des complications
- Diurétiques (spironolactone, furosémide) : pour réduire l'ascite et les œdèmes
- Bêtabloquants (propranolol) : pour diminuer la pression portale et prévenir la rupture des varices œsophagiennes
- Ponction d'ascite : évacuation du liquide en cas d'ascite importante
- Lactulose ou rifaximine : pour traiter l'encéphalopathie hépatique
Transplantation hépatique
En cas de cirrhose décompensée sévère ou de cancer du foie débutant, la greffe de foie reste le seul traitement définitif. En France, environ 1 300 greffes hépatiques sont réalisées chaque année (source : Agence de la biomédecine).
Prévention
- Modérer sa consommation d'alcool : respecter les repères de Santé publique France (maximum 2 verres par jour, pas tous les jours).
- Se faire vacciner contre l'hépatite B : vaccination recommandée dès la naissance et pour les personnes à risque.
- Dépister et traiter les hépatites virales : un test rapide peut être réalisé en laboratoire ou en centre gratuit d'information et de dépistage (CeGIDD).
- Maintenir un poids santé : une alimentation équilibrée et une activité physique régulière réduisent le risque de NASH.
- Éviter l'automédication : certains médicaments (paracétamol à haute dose, anti-inflammatoires) sont toxiques pour le foie.
Quand consulter en urgence
La cirrhose n'est pas une urgence en soi, mais certaines complications mettent en jeu le pronostic vital. Appelez le 15 (SAMU) ou rendez-vous aux urgences immédiatement si vous observez :
- Vomissements de sang (rouge vif ou marc de café) ou selles noires et goudronneuses — suspicion d'hémorragie digestive
- Confusion brutale, désorientation, somnolence profonde — signes d'encéphalopathie hépatique sévère
- Fièvre associée à une ascite (risque d'infection du liquide d'ascite, urgence infectieuse)
- Gonflement abdominal rapide avec difficultés respiratoires
- Malaise, chute de tension, pâleur intense
En dehors de ces urgences, consultez votre médecin traitant ou un hépato-gastro-entérologue devant toute fatigue inexpliquée prolongée, jaunisse ou gonflement des jambes.
Questions fréquentes
La cirrhose est-elle réversible ?
La cirrhose constituée est considérée comme irréversible. Cependant, si la cause est supprimée précocement (arrêt de l'alcool, guérison de l'hépatite C), la fibrose peut se stabiliser et même régresser partiellement. Le foie possède d'importantes capacités de régénération, ce qui permet d'améliorer significativement la qualité et l'espérance de vie, à condition d'un suivi médical régulier.
Peut-on vivre normalement avec une cirrhose ?
Oui, au stade compensé, de nombreux patients mènent une vie quasi normale avec un suivi adapté. L'essentiel est de supprimer le facteur causal, de respecter les rendez-vous de surveillance (échographie, bilan sanguin) et d'éviter tout produit hépatotoxique, notamment l'alcool. L'espérance de vie d'une cirrhose compensée bien prise en charge dépasse 10 ans dans la majorité des cas.
Quelle alimentation adopter en cas de cirrhose ?
Il est recommandé d'adopter une alimentation variée et suffisamment riche en protéines pour lutter contre la dénutrition, fréquente à ce stade. Contrairement aux idées reçues, un régime trop restrictif est déconseillé. En cas d'ascite, une réduction modérée du sel est prescrite. L'alcool doit être totalement supprimé. Un accompagnement par un diététicien spécialisé peut être proposé dans le cadre du parcours de soins.
Avertissement : Ces informations sont données à titre informatif et ne remplacent en aucun cas un avis médical. Consultez votre médecin pour un diagnostic et un traitement adaptés à votre situation.
Avertissement : Les informations de cette fiche sont données à titre informatif et ne remplacent en aucun cas un avis médical. Consultez votre médecin traitant pour un diagnostic et un traitement adaptés. En cas d'urgence, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.