Définition
La maladie de Crohn (Morbus Crohn, code CIM-11 : 1267652425) est une maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI) pouvant toucher l'ensemble du tube digestif, de la bouche à l'anus, avec une prédilection pour l'iléon terminal et le côlon. Elle évolue par poussées entrecoupées de périodes de rémission.
Sur le plan physiopathologique, la maladie résulte d'une réponse immunitaire excessive dirigée contre la flore intestinale chez des personnes génétiquement prédisposées. L'inflammation traverse toute l'épaisseur de la paroi digestive (atteinte transmurale), ce qui explique la survenue possible de complications telles que les sténoses, fistules et abcès. En France, environ 120 000 personnes sont concernées, avec un pic de diagnostic entre 20 et 30 ans (source : Assurance Maladie).
Symptômes
Les manifestations de la maladie de Crohn varient selon la localisation et la sévérité de l'atteinte :
- Douleurs abdominales : souvent localisées dans la fosse iliaque droite, parfois de type crampes, aggravées après les repas.
- Diarrhée chronique : selles fréquentes (parfois plus de 6 par jour), pouvant contenir du sang ou du mucus.
- Fatigue : asthénie persistante liée à l'inflammation systémique et aux carences nutritionnelles.
- Amaigrissement : perte de poids involontaire due à la malabsorption et à la réduction des apports alimentaires.
- Fistules et lésions anales : fissures, abcès péri-anaux ou fistules, présents chez environ un tiers des patients.
- Fièvre modérée : lors des poussées inflammatoires.
Des manifestations extra-digestives accompagnent parfois la maladie : douleurs articulaires, atteintes cutanées (érythème noueux), inflammations oculaires (uvéite) ou atteinte hépatique. L'évolution est imprévisible : certains patients connaissent de longues rémissions, d'autres des poussées rapprochées pouvant altérer significativement la qualité de vie.
Causes et facteurs de risque
La maladie de Crohn est d'origine multifactorielle. Aucune cause unique n'a été identifiée, mais plusieurs facteurs interagissent :
Facteurs non modifiables
- Prédisposition génétique : avoir un parent de premier degré atteint multiplie le risque par 5 à 20. Plus de 200 gènes de susceptibilité ont été identifiés, dont le gène NOD2/CARD15.
- Dysrégulation immunitaire : le système immunitaire attaque anormalement la flore intestinale commensale.
Facteurs modifiables ou environnementaux
- Tabac : principal facteur de risque modifiable. Il double le risque de poussées et aggrave l'évolution de la maladie (source : HAS).
- Dysbiose intestinale : déséquilibre du microbiote favorisé notamment par l'usage répété d'antibiotiques.
- Urbanité : la vie en milieu urbain est associée à une incidence plus élevée, possiblement liée à l'alimentation industrielle et au mode de vie occidental.
- Antécédents chirurgicaux : l'appendicectomie et la tonsillectomie (ablation des amygdales) ont été associées dans certaines études à un risque légèrement accru.
Diagnostic
Le diagnostic repose sur un faisceau d'arguments cliniques, biologiques, endoscopiques et radiologiques. Le spécialiste à consulter est le gastro-entérologue.
- Coloscopie avec biopsies : examen clé permettant de visualiser les lésions (ulcérations, aspect en pavé) et de prélever des échantillons pour analyse histologique. La biopsie recherche le granulome épithélioïde, signe caractéristique.
- Entéro-IRM (imagerie par résonance magnétique) : permet d'évaluer l'atteinte de l'intestin grêle, les sténoses et les fistules sans irradiation.
- Bilan biologique : CRP élevée (marqueur d'inflammation), anémie, hypoalbuminémie.
- Calprotectine fécale : marqueur non invasif de l'inflammation intestinale, utile pour le suivi et pour distinguer un syndrome de l'intestin irritable d'une MICI.
Le diagnostic différentiel inclut la rectocolite hémorragique, la tuberculose intestinale et les colites infectieuses. La HAS recommande un bilan complet dès la suspicion diagnostique afin d'adapter rapidement la stratégie thérapeutique.
Traitement
L'objectif est d'induire puis de maintenir la rémission, de prévenir les complications et de préserver la qualité de vie.
Traitements médicamenteux
- Aminosalicylates (5-ASA) : utilisés dans les formes légères à modérées, principalement en cas d'atteinte colique.
- Corticoïdes : prescrits en cure courte pour traiter les poussées (budésonide, prednisone). Ils ne conviennent pas au traitement d'entretien.
- Immunosuppresseurs : azathioprine, méthotrexate — traitement de fond pour maintenir la rémission et réduire la dépendance aux corticoïdes.
- Biothérapies : inhibiteurs du TNF (infliximab, adalimumab), vedolizumab (anti-intégrine), ustekinumab (anti-IL-12/23). Indiquées dans les formes modérées à sévères ou réfractaires.
- Thérapies ciblées : nouvelles molécules en développement élargissant l'arsenal thérapeutique.
- Antibiotiques : métronidazole, ciprofloxacine — utiles dans les atteintes péri-anales.
- Cholécalciférol (vitamine D) : supplémentation fréquemment recommandée en raison des carences associées.
Chirurgie
Environ 50 % des patients nécessiteront au moins une intervention chirurgicale dans les 10 ans suivant le diagnostic (résection intestinale, drainage d'abcès). La chirurgie ne guérit pas la maladie mais traite les complications.
Approches complémentaires
Un accompagnement nutritionnel, un soutien psychologique et l'activité physique adaptée contribuent à améliorer la qualité de vie. La nutrition entérale exclusive est un traitement de première intention chez l'enfant.
Prévention
Il n'existe pas de prévention primaire de la maladie de Crohn, mais plusieurs mesures réduisent le risque de poussées :
- Arrêt du tabac : mesure la plus efficace pour limiter les rechutes et les recours à la chirurgie. Des programmes d'aide au sevrage sont remboursés par l'Assurance Maladie.
- Observance du traitement de fond : maintenir le traitement immunosuppresseur ou la biothérapie même en période de rémission.
- Suivi gastro-entérologique régulier : surveillance endoscopique et biologique selon le calendrier recommandé par la HAS.
- Mise à jour vaccinale : vérifier les vaccinations avant l'initiation des immunosuppresseurs (grippe, pneumocoque, hépatite B), en évitant les vaccins vivants sous traitement immunosuppresseur.
- Dépistage du cancer colorectal : coloscopie de surveillance recommandée après 8 ans d'évolution en cas d'atteinte colique étendue.
Quand consulter en urgence
La maladie de Crohn ne constitue pas en elle-même une urgence vitale, mais certaines situations nécessitent une consultation rapide ou un appel au 15 (SAMU) :
- Douleurs abdominales intenses avec défense ou ventre dur (suspicion de perforation ou d'occlusion intestinale).
- Rectorragies abondantes (sang rouge en grande quantité dans les selles).
- Fièvre élevée (supérieure à 39 °C) sous traitement immunosuppresseur — risque infectieux grave.
- Arrêt complet du transit (ni gaz ni selles) évoquant une occlusion.
- Altération rapide de l'état général : déshydratation sévère, confusion, malaise.
En dehors de ces situations, consultez votre gastro-entérologue en cas de recrudescence des symptômes, de perte de poids inexpliquée ou d'apparition de nouveaux signes.
Questions fréquentes
La maladie de Crohn est-elle héréditaire ?
La maladie de Crohn n'est pas directement héréditaire au sens classique, mais il existe une prédisposition génétique. Avoir un parent de premier degré atteint augmente le risque, sans que la transmission soit systématique. Les facteurs environnementaux jouent un rôle déterminant dans le déclenchement de la maladie chez les personnes prédisposées.
Peut-on guérir de la maladie de Crohn ?
À ce jour, il n'existe pas de traitement curatif. Cependant, les traitements actuels permettent d'obtenir des rémissions prolongées chez la majorité des patients. Les biothérapies et les nouvelles thérapies ciblées ont considérablement amélioré le pronostic. L'objectif thérapeutique est la cicatrisation muqueuse, associée à un meilleur pronostic à long terme.
Quels aliments faut-il éviter avec la maladie de Crohn ?
Il n'existe pas de régime universel. En période de poussée, un régime pauvre en fibres et en résidus est souvent conseillé pour limiter l'irritation intestinale. En rémission, une alimentation variée et équilibrée est recommandée. Un accompagnement par un diététicien spécialisé permet d'adapter l'alimentation aux tolérances individuelles et de prévenir les carences nutritionnelles.
Avertissement : Ces informations sont données à titre informatif et ne remplacent en aucun cas un avis médical. Consultez votre médecin pour un diagnostic et un traitement adaptés à votre situation.
Avertissement : Les informations de cette fiche sont données à titre informatif et ne remplacent en aucun cas un avis médical. Consultez votre médecin traitant pour un diagnostic et un traitement adaptés. En cas d'urgence, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.